Qui ? Quoi ? Pourquoi ? Comment ?
Entretien
Tu présente une série de toiles grands formats, lumineuses, géométriques et colorées. Tu as toujours peint ainsi ?
Pas du tout. J’ai essayé beaucoup de mediums, fais beaucoup de portraits assez durs, des encres de Chine, de la photo, des fresques décoratives…
Tu te dis autodidacte, mais ce n’est pas tout à fait vrai ?
Effectivement et je pense que personne ne l’est vraiment. Les réalisations de chacun, dans quelque domaine que ce soit, se nourrissent de nos chemins de vie et de nos apprentissages même s’ils ne sont pas exactement en rapport avec une technique. J’ai une formation littéraire et artistique mais le plus important ce sont mes jobs comme iconographe ou rédacteur culture qui ont nourri ma démarche picturale plus que la pratique.
Justement, tu écrivais sur l’art contemporain, n’était ce pas intimidant pour créer en parallèle?
A Paris, à la fin de mes études, c’était l’époque des galeries de la rue Louise Weiss dont je chroniquais les vernissages et où les désormais prestigieuses galeries Perrotin, Kreo, Almine Rech et bien d’autres faisaient leurs débuts. J’étais très intimidé. Leur fréquentation a nourri ma culture et un certain regard même si c’est très loin de mon univers actuel. Tout comme les quantités d’archives visuelles compulsées comme iconographe pour les éditions Assouline. En parallèle j’explorais lentement ce qui me permettrait de m’exprimer, installations, peintures, broderies, sculptures, photographie…
Tu ne montrais pas ce travail ?
Peu, j’étais très inhibé et n’allais jamais jusqu’au bout, il fallait vivre aussi. Quelques séries ont parfois plu, des encres de chine, des tirages photographiques ou des illustrations dont quelques collaborations pour des magazines de mode ou des revues spécialisées.
Tu réalisais des décors pour l’Eglise aussi ?
J’ai réalisé les décors muraux de deux églises dans le nord de la France et un chemin de croix. Une étape décisive pour me consacrer uniquement à la peinture, autrement. Au delà de la contrainte de la commande religieuse, je me suis nourri de cet environnement, ses couleurs, ses lumières, ses belles rencontres et sa spiritualité.
Comment te retrouve-t-on aujourd’hui entre le pays basque et le Maroc à ne te consacrer qu’à tes peintures géométriques ?
Par hasard. Avec un ami nous avons acheté une maison au Maroc. Je pataugeais dans ma pratique artistique et la réalisation d’un chemin de croix jusqu’au jour où cet ami m’a demandé un tableau de grand format coloré, lumineux, assez décoratif finalement. En pleine représentation de la Passion du Christ sur un mode assez trash, c’était difficile.
Au delà du décoratif, il me fallait du sens à cette commande et surtout me libérer de mes références élitistes, de mes doutes; ça a pris beaucoup de temps. Ce sens je l’ai finalement trouvé dans la lumière et le dialogue des couleurs. Mon ami aurait ajouté, d’une façon simple et existentielle, en m’abandonnant avec humilité!
Ce travail que je poursuis aujourd’hui a été initié par cet ami, mort depuis. Ma quête formelle de lumière et de dialogues colorés s’est alors enrichie d’une quête plus personnelle. C’est aussi lui qui m’a confié les chantiers d’églises et fait découvrir les lumières du Maroc. C’est une collaboration qui se poursuit ici et là-haut. Nous formions un tandem haut en couleurs comme cette série.
Je connais aussi depuis mon enfance la côte, les montagnes et les magnifiques lumières du pays basque qui m’inspirent tout autant en ce moment.
Penses-tu continuer dans cette voie ?
Oui ! Grâce à ce travail j’ai redécouvert le plaisir de peindre humblement et le champ des possibles est infini. C’est comme un jeu. Chaque couleur, chaque ligne, dimension, forme peut transformer le tableau et faire disparaître la lumière. Une toile peut être réalisée facilement si chaque élément fonctionne avec le suivant. Parfois c’est plus laborieux. C’est un équilibre précaire comme la cuisine.
J’ai vu qu’il y avait plusieurs fois le même tableau dans l’atelier ?
Effectivement les tableaux fonctionnent souvent en séries mais ne sont jamais les mêmes. Ce que j’appelle l’épreuve #0 dévoile la façon dont le tableau qu’achètera le collectionneur ou le plus souvent choisi d’être montré en galerie n’est qu’une part du travail. L’épreuve # 0 dévoile les changements de couleurs, de géométries, comme un palimpseste, c’est souvent la version à laquelle je suis plus attaché. Ensuite il se décline en séries plus ou moins détaillées avant souvent de se conclure par un tableau qui ira à l’essentiel de la lumière par la cohabitation des couleurs.
Que peut on te souhaiter ?
De poursuivre ainsi en quête de lumière et de belles rencontres grâce à ce travail. Peut être avoir l’opportunité de décliner ces tableaux en fresques et tapisseries comme un chemin vers l’artisanat d’art que j’aime tant.